Pourquoi les auteurs ne devraient écrire que pour faire plaisir aux lecteurs ?

Pourquoi les auteurs ne devraient-ils écrire QUE pour faire plaisir aux lecteurs ? Et en quoi ce n’est pas complètement vrai.

Je me suis encore insurgée récemment contre une personne qui essaye de vendre ses formations pour se lancer dans l’autoédition. Non seulement cette personne se dit publiée par de grandes maisons d’édition mais elle vante ( ? c’est la sensation que j’ai eu) les mérites de l’autoédition. Avec l ‘aide d’une belle infographie, cette personne (je dirais elle pour dire cette personne pas qu’il s’agisse d’une femme ou d’un homme mais personne en français est féminin) nous dit qu’elle a engrangé 3 fois de vente et 7 fois plus de revenus grâce à l’auto-édition. Je ne remets pas en question les chiffres présentés, je dis juste que c’est avec ça qu’elle tend à commercialiser sa formation.

Je n’avais jamais entendu parler de cette personne et de ses livres, donc je ne peux pas juger du contenu de ses manuscrits, ni vraiment de sa personnalité. Toujours est-il que son site fait très putaclic, sur sa page principale, elle nous demande à plusieurs reprises nos coordonnées pour s’inscrire à sa newsletter. Alors, rien que là, j’ai envie de vomir. Le commerce, je connais et leurs techniques de vente agressives aussi et ça ne marche pas sur moi. Forcément, on partait mal.

Mais ce n’est pas la question du jour. En réalité, ce qui me gêne c’est qu’elle est moi avons échangé. Cette personne est pro-auto-éditions, ce que je peux comprendre mais il n’empêche qu‘un éditeur offre un conseil littéraire que les lecteurs ne peuvent offrir (et inversement les lecteurs offrent un point de vue qui n’est pas celui d’un éditeur). J’ai fait valoir cet argument, qui me semble pertinent et que je défends. Cette personne m’a alors répondu qu’ELLE écrivait pour le seul plaisir de ses lecteurs et pas pour l’art, qu’il y a des auteurs qui écrivent pour l’art et la littérature et il y a les autres. Grosso modo, soit on écrit pour ses lecteurs, soit on écrit pour la littérature. Soit on est un gentil écrivain qui pense à ses lecteurs soit on est un vieux crouton de l’académie française qui n’intéresse personne. (Oui, je prends des libertés d’interprétations)

Est-ce que vouloir faire réfléchir à la condition humaine fait que l’on n’écrit pas pour le plaisir des lecteurs ? Est-ce que vouloir utiliser un vocabulaire riche c’est ne pas écrire pour le plaisir de ces lecteurs ? Est-ce que faire de l’art c’est aller à l’encontre du plaisir des spectateurs ? (ici on parle de lecteurs mais c’est le même débat). Je me pose sincèrement ces questions, même si j’ai envie de répondre non. J’ai quand même ce débat intérieur.

Ma réflexion va plus loin :

Est-ce que l’on est condamné à faire soit de l’art populaire (Lowbrow) soit de l’art de l’élite (Highbrow) ? N’y a-t-il rien entre les deux ? Est-ce que l’art élitiste est dénué de la recherche du plaisir ? Est-ce que l’art doit être fatalement tiré vers le bas pour être associé à la notion de plaisir ? Est-ce que l’art élitiste est forcément assommant et l’art populaire nécessairement distrayant ?

Pour le dire un peu naïvement : Est-ce que l’on ne peut pas éprouver du plaisir en lisant (que sais-je ?) Le dernier prix Goncourt/tout Marcel Proust ou le dernier Musso ou un roman feelgood ?

http://thedabbler.co.uk/2011/03/what-brow-are-you-the-dabblers-style-guide-highbrow-to-lowbrow/
http://thedabbler.co.uk/2011/03/what-brow-are-you-the-dabblers-style-guide-highbrow-to-lowbrow/

Ces deux infographies vous expliquent les différences de classes culturelles. Je les ai toujours trouvé intéressantes car je n’ai jamais fait partie d’aucune de ces classes mais d’un peu de toutes. Alors vous allez me dire que c’est très connoté masculin/patriarcat et blablabla, oui, c’est normal ces infographies ont été créer dans les années 60 puisqu’il faut tout recontextualiser à présent : « il fut un temps l’égalité entre les hommes et les femmes n’étaient pas une notion très pratiquée. Les femmes se contentaient généralement d’aimer ce qu’aimer leur époux parce que les femmes étaient des objets futiles incapables de penser. Fort heureusement le MLF est passé par-là et aujourd’hui les femmes sont libres d’avoir un avis et des opinions. » (non mais quand j’essaye de contextualiser ça m’énerve MDR !) Et là, je viens de me rendre compte que si je ne vous explique pas ce que MLF veut dire vous allez penser qu’il s’agit de la Mission Laïque Française et pas du Mouvement de Libération des femmes. La première image en revanche est moderne ! Elle rendre le même type d’infographie adaptée à l’ère actuelle et bien entendu, ils auraient pu mettre la version « femme » ou une version « non genrée », je suis d’accord avec vous, moi aussi ça me navre.

Revenons à nos idées !

Comme je le disais, pourquoi il faudrait soit faire de l’art soit offrir du plaisir ? Pourquoi tout le temps la même rengaine ? Pourquoi on oppose le plaisir populaire à la littérature intellectuelle ? Pourquoi cherchait à affaiblir le niveau culturel ?

En admettant que vous recourrez fréquemment à l’emploi de mots complexes qu’est-ce qui empêche les lecteurs de vérifier les définitions ? Je ne dis pas employer que des mots complexes mais si cela est parcimonieux et naturel où est le mal ? Est-ce qu’il faut nécessairement écrire en considérant les lecteurs comme des personnes au vocabulaire limité ? Bien entendu, on adapte son vocabulaire à l’âge de ses lecteurs. On n’écrit pas un texte pour des lecteurs de 8 ans comme pour des lecteurs adultes spécialisés dans le domaine médicale (par exemple), c’est la base.

Pourquoi ne pas tenter des choses? Créer un nouveau genre ? Une nouvelle forme de roman ? Défendre une cause ? Faire de la philosophie dans son roman ? Mettre des références culturelles « HighBrow » ?

Alors quoi ? Soit on fait de la littérature ennuyeuse soit on fait de la littérature plaisir ? Il n’y a que ça comme option ? Bon sang que ce siècle est saumâtre et canulant, en un mot fastidieux. Doit-on classer les gens dans des petites cases (de plus en plus petites d’ailleurs) ou ne peut-on pas seulement faire de l’art pour éveiller les consciences tout en faisant éprouver du plaisir ?

Je ne prétends pas faire de la littérature HighBrow mais je ne fais pas non plus dans le LowBrow. J’écris ce qu’il me plaît d’écrire mais je ne vois pas en quoi chercher à faire quelque chose de meilleur (à chaque fois par rapport à ce que je faisais avant) est un mal en soi. Est-ce que si j’essaye de mettre plus de références culturelles « highbrow » c’est moins plaisant pour les lecteurs ?

J’aime autant le ballet, que le théâtre, les comédies musicales que les films grands public (pas tous ok, ok, j’aime bien certains films mais pas d’autres Mea Culpa). J’apprécie autant les oeuvres très littéraire, que le rock et j’ai déjà suivi des émission comme le prochain top model. C’est ça la richesse du monde moderne. On peut autant apprécier les grandes oeuvres classiques, que l’art moderne, contemporain ou encore le street art. On peut aimer autant le Ballet que le dernier American horror story. Ecouter le dernier Gims comme un air d’opéra ou du Vivaldi.

J’ai peut-être un QI trop élevé, fait trop d’études artistiques, une trop grande curiosité, pour comprendre ce besoin viscéral d’être soit un écrivain populaire soit un « Grand Ecrivain » (grand au sens très littéraire). Aucun artiste ou écrivain ne devrait s’interdire de faire du « Grand Art », de l' »Art Sérieux » sous prétexte qu’il faut faire plaisir à ses lecteurs ou spectateurs. Il ne faut pas chercher à faire plaisir aux lecteurs, pas à tous ses lecteurs, pas à n’importe quelles conditions. L’art est divertissant mais l’art doit avant tout servir à montrer quelque chose, ne serait-ce que la vision de son auteur. Sinon où est l’intérêt ? L’art n’est qu’une imitation de la réalité, une prise de partie/ de position. Le plaisir compte, bien entendu, mais le plaisir prend tellement de facettes. D’ailleurs faire plaisir aux lecteurs, certes, mais c’est quoi le plaisir ? Est-ce que je vais avoir le même plaisir que ma voisine face à une oeuvre ?

Surtout dites-moi ce que vous en pensez. Sincèrement je suis curieuse de me confronter à d’autres avis. Même s’il est possible que je ne partage pas votre point de vue, je serais heureuse de vous lire.

Ce que l’on appelle une oeuvre sincère, est celle qui est douée d’assez de force pour donner de la réalité à une illusion. Max Jacob

5 réflexions sur “Pourquoi les auteurs ne devraient écrire que pour faire plaisir aux lecteurs ?

  1. Chris dit :

    J’écris avant tout pour me faire plaisir. J’écris des histoires que j’aimerais lire moi-même et comme je pense que j’ai des goûts qui ne sont pas atypique, je pense que ces histoires peuvent plaire à d’autres lecteurs. Mais peut-être que je me trompe. Pour ce qui est du style d’écriture, j’écris avec mon propre style dont le but est d’être ouvert au plus grand monde. Mais ça ne m’empêche pas d’intégrer de nombreuses références culturelles ou d’employer de temps en temps un vocabulaire un peu plus original. C’est notre récit et on l’écrit comme on le souhaite sans forcément obéir au diktat de la « grande » littérature ou de la littérature « populaire ».
    J’ai d’ailleurs beaucoup de mal avec ce terme « grande » littérature car c’est supposé que le reste ce n’est que de la « petite » littérature. Cela vient sans doute de ma scolarité ou on me forçait à lire justement ce qu’ils appelaient de la « grande littérature », et que à quelques exceptions près je n’appréciais pas vraiment. J’avais l’impression que ce que j’aimais c’était de la petite littérature et que ça n’avais aucune valeur. Alors qu’en fait, ce n’est pas le cas. Il y a juste de la littérature et chaque auteur a construit son œuvre comme il le souhaite.

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  2. Les conseils de Ponine dit :

    Je ne pense pas que ce soit mal de vouloir écrire ce qui nous plaît ou ce qui nous plairait de lire mais seulement qu’il ne faut pas se dire que l’on écrit uniquement pour le plaisir. On peut écrire aussi pour changer le monde, c’est ça l’art et la littérature élitiste, mais ça ne demande pas nécessairement des compétences très stylistiques ou un vocabulaire fort riche.
    J’ai une amie qui a écrit un roman dans lequel un personnage a deux mamans et elle le fait (entre autres choses) pour faire « changer le monde », pour montrer que ce n’est pas nécessairement un souci. Pour moi, c’est ça aussi l’art élitiste, c’est un art qui fait réfléchir.
    Je pense que la grande littérature c’est celle qui permet de se poser des questions. Et ça ne devrait pas être un gros mot. Même avoir un style ampoulé ou un vocabulaire très travaillé ça devrait pouvoir se concevoir. Cela ne veut pas dire que le reste n’a pas de valeur, seulement pas la même valeur, sans pour autant dénigrer. Un peu comme regarder un film de cinéma d’auteur n’aura pas le même effet qu’une vidéo de chaton sur Youtube. Je pense que ce n’est pas tant une question de hiérarchie que de différences dans ce que cela produit et dans ce que l’on cherche à ressentir.
    En revanche, je suis convaincue que c’est une bonne chose que de se confronter à des oeuvres dites classiques. C’est triste de se fermer. J’ai eu un faire un sondage une fois sur Marcel Duchamp et Picasso, la majorité des gens qui n’avaient pas un bagage artistique me disaient qu’ils ne vont pas au musée parce que c’est pour les gens intelligents ou qu’ils manquent de culture. C’est le piège : « Je n’ai pas la culture pour apprécier tel auteur ou telle oeuvre, du coup je n’essaie pas et je m’enferme dans ma sous-culture dont je comprends les codes. » C’est dommage. Je ne dis pas sous culture de manière péjorative mais dans le sens le genre littéraire c’est de la fantasy et le sous-genre de l’urban fantasy, par exemple.
    Et encore une fois, tu écris pour te faire plaisir avant de faire plaisir aux lecteurs. Tu ne te dis pas « je vais chercher à divertir mes lecteurs à tout prix » puisque tu utilises aussi des éléments culturels qui te sont propres et que tu cherches à construire une oeuvre pour offrir quelque chose. Si on prend une série comme Kaamelott qui est extrêmement populaire et divertissante, on trouve bon nombre de références culturelles et Astier tente de faire réfléchir aussi sur certains points. Donc l’un n’empêche pas l’autre mais il n’a pas écrit sa série « juste » pour faire rire ou divertir. Alors que justement à la base la personne me disait qu’il « faut » écrire que dans le but de faire plaisir aux lecteurs sans jamais chercher à mettre autre chose.

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    • Chris dit :

      On peut très bien écrire pour se faire plaisir tout en faisant passer un message. C’est d’ailleurs mon cas, j’aime bien glisser dans mes romans des sujets qui me tiennent à cœur et qui font réfléchir, j’essaye de faire passer des messages. Comme ce sont souvent des sujets qui me sont chers, ça me fait plaisir d’en parler, ce n’est pas incompatible. C’est pareil pour les références culturelles, j’aime bien en cacher quelques unes dans mes écrits.
      Et bien évidemment, il est parfaitement possible de faire plaisir à ses lecteurs tout en se faisant plaisir à soit même en transmettant ses idées.
      Pour ce qui est de la littérature classique, je ne suis pas fermé, il y a certaines œuvres que j’apprécie. Ce que je regrette c’est le message qui était adressée à mon époque ou du moins qui était transmis par certains de mes enseignants, ils ne considéraient que ce genre de littérature et dénigraient tout le reste. J’ai l’impression que maintenant les mentalités ont beaucoup évolués.

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      • Les conseils de Ponine dit :

        Je pense que tu n’as pas compris tout l’enjeu qu’il peut y avoir derrière. Il y a une différence entre écrire pour se faire plaisir, faire plaisir aux lecteurs. Ces deux aspects sont tout à fait normaux et logiques. Si on n’écrit pas pour se faire plaisir et pour offrir du divertissement à ses lecteurs, il n’y a pas de raison d’écrire. Seulement dans la notion de plaisir pour certains c’est aussi une question de facilité. Ecrire des livres « faciles », ne pas chercher à faire quelque chose de différent. Faire du divertissement mais tirer la littérature vers le bas, je pense que ce n’est pas une bonne manière de penser.

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        • Chris dit :

          Si je comprends bien le problème. Je vois très bien de quoi tu parles quand tu mentionne ces livres « faciles ». Ce sont à la fois des livres faciles à écrire et faciles à lire, mais qui n’apportent pas grand chose. Comme ils sont faciles d’accès beaucoup de lecteurs recherchent ce genre de livre et ça se vend bien. Du coup, je peux comprendre que certains auteurs recherchent cette facilité.
          Je te comprends quand tu dis que ça tire la littérature vers le bas. Mais je me pose aussi une question à laquelle je n’ai pas la réponse. Ce genre de livre « facile » n’est il pas aussi nécessaire à la littérature ? Ils permettent à certaines personnes de mettre un pied dans les livres alors qu’elles ne l’auraient pas fait si c’était plus difficile d’accès.

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