Envoyer son manuscrit à un éditeur : la lettre de présentation

Lorsque j’avais évoqué la biographie, je vous avais dit qu’il ne serait pas nécessairement obligatoire de joindre une biographie mais que vous pourriez avoir à la faire dans la lettre de présentation.

Vérifier bien les modalités d’envoi de chaque maison mais si on voit demande de joindre une biographie complète (vous vous souvenez entre 250 et 800 mots) vous n’allez pas reprendre votre biographie dans la lettre de présentation cela n’aurait pas de sens. De même si on vous demande de joindre un synopsis, vous n’allez pas raconter toute votre oeuvre dans la lettre de présentation, de toutes façons ce n’est pas le but.

A quoi sert une lettre de présentation ?

C’est la question que vous devez vous poser. Il s’agit ni plus ni moins qu’une lettre de motivation, sauf que là vous ne cherchez pas un travail mais un éditeur. Si vous êtes adepte de Pôle Emploi, vous savez déjà que la lettre de motivation doit donner envie au recruteur de vous donner un entretien, parce que vous êtes le candidat idéal. Vous savez aussi que vous ne devez pas faire dans la flagornerie sous peine d’atterrir dans la poubelle. Vous ne devez pas non plus être implorant parce que personne n’a envie de donner sa chance à quelqu’un qui manque de confiance en lui. Et en même temps, vous devez prouver votre valeur et votre intérêt. Vous devez autant que possible personnaliser votre lettre et vous devez être respectueux mais pas trop lèche-botte. Il faut aussi faire court. Il faut également présenter l’entreprise et vous-même et vos motivations. Voilà, ça c’est pour la lettre de motivation. Qui a dit qu’être chômeur (ou de démarcher un autre travail) c’était facile ?

Alors je vous entends déjà dire : « Ouais, mais ça Ponine, c’est pour quand on veut trouver un travail. Une maison d’édition c’est pas pareil, parce que blablabla. » Que nenni ! C’est exactement la même chose. Sauf que là, ce n’est pas vous que vous vendez mais votre livre. Je ne dis pas que sans une bonne lettre d’accompagnement un éditeur ou un comité de lecture ne va pas regarder votre manuscrit (ils ne voudraient pas passer à côté du prochain best-seller !) mais ça ne va pas les encourager à vous voir d’un bon oeil. Pour rappel, il y a quelques années, on disait que Gallimard recevait 4000 manuscrits par an. Vous voulez que je vous dise ? On disait déjà ça il y a 10 ans quand j’ai commencé à envoyer des manuscrits, donc je crois qu’on peut certainement doubler le chiffre à l’heure actuelle. Imaginez combien cela fait de lettres de présentation.

Ok, mais dans le cas présent à quoi sert cette lettre ?

Il faut que cette lettre donne l’eau à la bouche. Qu’elle fasse saliver l’éditeur ou le comité de lecture. Mais surtout, elle doit présenter votre oeuvre et votre intention de production. Ce n’est pas un synopsis, ce n’est pas une biographie, ce n’est pas un roman. C’est une lettre brève, d‘une page maximum, dans laquelle vous remerciez (à la fin) l’éditeur d’avoir consacré du temps à votre lecture.

Les comités de lecture ou éditeurs ont une pile de manuscrit devant eux chaque jour. La lettre de présentation doit leur donner envie de consulter votre livre en « premier » et puis ça leur permet de faire un premier écrémage. Imaginons que vous vous soyez trompé sur le genre ou les genres publiés par la ME, et que votre histoire soit de la SF, seulement voilà l’éditeur ne fait pas de SF s’il lit dans votre lettre de présentation que votre histoire est dans un univers lointain et que votre héros tombe amoureux d’un robot, il va se dire que ce n’est pas pour lui.

Image par Free-Photos de Pixabay

Que mettre dans la lettre de présentation ?

Une accroche : généralement c’est le moment où vous présentez la Maison d’édition. Ne le faites que si vous avez lu des livres et que vous avez aimé leur publication. On ne s’étends pas sur cette accroche. C‘est une manière de prouver que vous connaissez la ligne éditoriale de l’éditeur. Cela peut-être un plus, mais faites attention à ne pas trop vous attardez non plus ou faire une flatterie excessive.

Présenter votre oeuvre : Dans ce paragraphe, vous devez présenter votre oeuvre. N’oubliez pas d’indiquer le genre et le titre du roman. Cela peut sembler ridicule mais imaginez que votre lettre se perde. L’éditeur pourrait se dire : chouette cette idée et …ah mais elle va avec quel roman ? Cela serait ballot. Donc vous devez mettre le titre de votre roman. Ensuite, c’est le moment de pitcher votre texte en une phrase ou deux. C’est le moment de donner envie d’en savoir plus.

Préciser votre intention d’auteur : Pourquoi vous avez écrit ça et pas autre chose ? Qu’est-ce que vous cherchiez à faire avec ce manuscrit ? Quelles émotions souhaitiez vous transmettre ?

Vos publications : S’il n’y a ni biographie, ni de formulaire pour présenter les oeuvres déjà publiées, vous pouvez ajouter vos titres. Si vous avez publié 30 romans, ne les mettaient pas tous, prenez ceux qui ont eu le plus de succès.

Formules de politesse et signature : bien sûr si vous écrivez votre lettre à l’ordinateur vous n’allez pas réellement pouvoir signer à la main. Pour ça j’ai deux idées ; soit la signature électronique, soit vous signez sur du papier blanc de bonne qualité et vous scannez votre signature. Après c’est très simple avec Word (je ne sais pas pour les autres logiciels). Dans Word, il suffit d’aller dans insertion image, sélectionner votre signature numériser donc avoir un scanner est une nécessite. Une fois que votre image est sur votre document, il faut aller dans correction ‘luminosité et contraste’ choisir la plus forte luminosité et le fond le plus blanc. Puis on va dans le même onglet et on ajuste la ‘netteté’. Il ne reste qu’à ajuster la taille. Pas la peine d’avoir une signature de 10 cm. Cela donne un petit côté plus personnel et professionnel.

N’oubliez pas : d’indiquer toutes vos coordonnées ! Que ce soit sur le manuscrit ou sur la lettre de présentation. L’éditeur doit pouvoir vous retrouver ! Changer le nom de la maison d’édition. Parfois on fait vite et on est fatigué donc on peut oublier. Et ne me dites pas « MOI ? Jamais je ne ferais une telle erreur ! » Peut-être que si et ça arrive très souvent dans le monde du travail (en tout cas c’est ce que m’a confié une ancienne DRH).

A ne pas faire :

  • Vous dévaloriser/geindre/pleurnicher. L’éditeur s’en moque que vous considériez que c’est la chance de votre vie, que vous avez eu un cancer, que votre chien soit mort, que vous avez une faible estime de vous. Bien entendu, s’il s’agit de votre biographie dans laquelle vous racontez comment vous avez survécu à 4 cancers, 1 tsunami, 3attentats terroristes, 2 guerres évidemment il faut en parler, mais vous avez comprit le truc. Ne racontez pas votre vie !
  • Dire que vos bêta-lecteurs ont adoré. On s’en moque de vos bêta-lecteurs, de vos amis, de votre famille. Je sais c’est cruel. En revanche, si vous avez déjà auto-édité votre livre et que là vous souhaitez le présenter à un éditeur et que vous avez vendu 10 000 copies papiers et 25k en numérique (c’est des chiffres bidons juste un exemple), vous pouvez en parler brièvement.
  • Faire une 4eme de couv’. Votre lettre de présentation n’est pas une 4e de couverture, ne faites pas le boulot de votre éditeur. Pareil, pas la peine de mettre avec votre roman une couverture pour faire plus « pro ». Chacun son métier : le votre c’est écrivain, restez à votre place.
  • Indiquer le lectorat visé : encore une fois, restez à votre place. Bien sûr, si c’est un livre à destination de la jeunesse et que votre éditeur fait plusieurs types d’édition : jeunesse, adulte, thriller, beaux-arts etc. Précisez « jeunesse ».
  • Prendre une typo illisible. Si la maison n’a pas de typo spécifique pour le manuscrit, choisissez Times New Roman, 12, noir. Alors écrivez votre lettre de la même police avec la même taille. (On peut mettre en plus grand le nom de l’éditeur cela la forme de lettre choisie. On peut mettre de la couleur pour les informations personnelles : par exemple si vous mettez une image de téléphone au-dessus de votre numéro ça peut-être en couleur. En vrai comme pour une lettre de motivation ou un CV. On peut faire un peu coloré mais sobre. On n’est plus dans les années 90, Word fait des modèles de lettres tout en élégance rien ne vous empêche de prendre un de ces modèles pour mettre un peu de gaité, tant que les couleurs sont sobres.)
  • Mal doser l’humour ou être irrespectueux.
  • Se prendre pour le prochain Maxime Chattam ou la future Amélie Nothomb. Restez à votre place. S’il ne faut pas se dévaloriser, il ne faut pas non plus vous mettre sur un piédestal.

L’exemple de la lettre de présentation de Céline pour Voyage au bout de la nuit : ne vous en inspirez pas si vous ne vous sentez pas capable. Mieux vaut quelque chose de simple et sobre mais assumé.

crédit image : Image par Johanna Nikolaus de Pixabay

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