Et si l’écriture était payée : d’avril 2020

Quand au début d’année j’ai décidé de lancer ce challenge de comptabiliser toutes les heures d’écriture, de dédicaces, de préparation de conférences, de visite à la banque et de tâches administratives concernant mon métier d’autrice, je ne croyais pas que l’année serait aussi étrange.

Au début du mois d’avril, j’ai perdu ma chienne, ma Crystal d’amour. C’était une grande aide pour moi, depuis treize ans, elle m’aidait à écrire, sa présence était un réel réconfort. J’aimais l’avoir près de moi lorsque j’écrivais, aujourd’hui, elle n’est plus là. C’est d’autant plus difficile que le confinement continue. Je ne me plaignais pas de la situation, au départ, je croyais que le confinement ne durerait qu’une quinzaine de jours, puis que la vie reprendrait pas comme avant mais pas non tout devient de plus en plus complexe pour nous les auteurs. C’est fort dommage alors que le rapport Racine venait de tomber. Aujourd’hui je me plains plus, pas pour moi, mais pour toute la communauté littéraire. Notre situation n’a jamais été aisé mais à présent nous sommes clairement dans l’attente d’un plan spécifique pour nous. Alors je sais que beaucoup d’entre vous n’ont soit jamais publié, soit son autoentrepreneur donc avec un statut, et que d’autres ont un travail à côté donc se sente peu ou moins concernés par la situation de ceux qui ont choisi de vivre de l’écriture ou du moins d’essayer, pourtant cela reste important car beaucoup d’auteurs vont se retrouver dans une sacrée mouise dans les mois qui viennent et il est important d’en parler pour que les gens prennent conscience de ce que nous vivons.

Mon deuxième roman devait sortir en mars, il a été reporter et à l’heure actuelle je ne sais toujours pas quand il sortira. J’attends encore mes droits d’auteurs de 2019. Bien sûr que j’attends de gagner un peu d’argent mais ce que j’attends surtout c’est de connaître le nombre de livres vendus. C’est à présent que je comprends pourquoi tant d’auteurs choisissent l’autoédition.

Bilan de mon mois d’avril :

En avril, j’ai passé 10/12 heures à tenter d’expliquer aux cons gens en quoi la situation des auteurs était dramatique. J’ai tenté de faire entendre raison à des cons abrutis que sans les artistes de tous poils leur confinement serait invivable et que l’art était nécessaire à l’humanité. Après tout nous avions inventé l’art avant la trépanation. Il y a 42 000 ans pour l’art et « seulement » 10 000 ans pour la trépanation, en sommes nous avions besoin de l’art avant la médecin. Donc quand on nous dit que l’on peut vivre sans l’art mais pas sans la médecine, je reste nettement partagée. Evidement, ce n’est pas à prendre au pied de la lettre et c’est une boutade, n’empêche que l’art fait parti de l’humanité et ce n’est pas sans raison. J’ai également tenté d’expliquer la situation des artistes auteurs et je me suis prise de très nombreuses remarques sur le fait qu’il fallait que je trouve un travail et/ou que j’aille bosser chez Amazon parce qu’être écrivain ça ne sert à rien. J’ai également eu le droit à beaucoup de remarque très désobligeante sur le fait qu’artiste signifié être alcoolique et drogué, ou que le fait de toucher des prestations sociales de tout poils était une honte, qu’une personne digne de ce nom ne devait absolument pas défendre les cas sociaux et que si une personne touche un jour les prestations sociales elle est alcoolique et fainéante. Cela m’a apporté beaucoup de matière à réflexion.

Lorsque j’étais étudiante je touchais les APL, donc les aides sociales, j’ai déjà fait des petits boulots et touchés la prime d’activité, j’ai même cumulé RSA et paie de prof contractuelle durant 3 mois – chose que j’avais trouvé aberrante à l’époque. Je ne suis pourtant ni droguée (sauf si on considère le thé comme une drogue), ni alcoolique mon dernier verre d’alcool doit remonter à…euh je ne sais même plus tellement ça fait longtemps. J’ai toujours plus ou moins fumé mais je n’ai pas fumé depuis le début du confinement, donc je ne me sens pas fainéante, ni alcoolique, ni droguée. Chose que je n’étais pas plus à l’époque, même si avouons le je buvais nettement plus d’alcool quand j’étais étudiante et que j’ai dû avoir trois ou quatre cuites durant les 7 années d’études que j’ai faites après le bac. J’ai été au chômage plusieurs fois dans ma vie. Je pense que beaucoup de gens peuvent un jour ou l’autre se retrouver au chômage ou pauvre. Je vous conseille d’ailleurs de voir le film documentaire de Michel Pouzol Pourquoi nous détestent-ils nous les pauvres? Qui explique très bien comment on tombe facilement dans la grande pauvreté et à quel point la vie peut vite devenir compliquée. On pourra reprocher à ce monsieur d’être un intermittent du spectacle, donc un fainéant parce que bien entendu artiste = fainéant, mais certainement autant que intérimaire ou freelance ou autoentrepreneur. Donc oui, j’ai un immense souci avec les gens qui sont travailleurs disons ouvriers, disons pas très riches, disons terrifié par l’idée qu’un jour ils puissent sombrer dans la précarité parce que ne nous voilons pas la face, les pauvres font peurs pas parce qu’ils sont pauvres à la vérité on en aurait rien à faire des pauvres s’ils n’avaient pas sur le dos tout un tas d’étiquettes : violent, alcoolique, voleur, drogué, dealer, fainéant… Vous savez tous ces gens qui font des gosses pour les alloc, la rentrée scolaire et la prime de Noël.

Bref, ça m’a permis de réfléchir sur les raisons qui poussent les gens à détester les pauvres et ça ne m’a pas fait aimer les humains. Autre chose qui m’a fait beaucoup réfléchir : les artistes et leurs places dans la société. Beaucoup d’artistes ont été critiqué parce qu’ils ont de belles maisons et que c’est dégeulasse qu’ils aient de belles baraques alors qu’il y a des français qui vivent dans des conditions misérables, parce que c’est bien leur faute aux artistes s’il y a la pauvreté en France. (vous la sentez l’ironie ?) Mais en même temps quand un artiste n’a pas une belle maison ou qu’elle n’est pas assez opulente l’artiste subi la critique, c’est ce qui est arrivé à Vanessa Paradis. Elle a tourné une vidéo dans sa chambre et cette pièce était trop simple, pas assez luxueuse, alors que quelques jours plutôt les gens s’insurgeaient contre les artistes qui ont de belles demeures, cherchez l’erreur.

Les artistes cristallisent la haine. Quand ils sont pauvres, ils sont fainéants, glandeurs, inutiles à la société, des bons à rien, des cas sociaux, alcooliques, drogués qu’il faudrait laisser mourir de faim plutôt que de leur offrir des conditions de vie et de travail décentes. Quand ils sont riches, c’est à dire qu’ils ont réussi en travaillant (il me semble que l’on ne réussi pas dans l’art en branquant des banques, quoi qu’il doit y avoir des contre-exemples), ils sont haïs parce que trop riches. Je sais bien que ce n’est pas que le talent qui fait la réussite d’une oeuvre ou d’un artiste, il y a la promotion, les conditions, l’oeuvre, et tout un tas d’autres facteurs mais pourtant quand on prend la majorité des auteurs qui vendent des millions de livres ils me paraît indéniable qu’ils ont bossé pour. Bien entendu, cela ne signifie pas que ceux qui ne vendent pas autant ne travaillent pas. Cela ne veut pas dire que les best sellers sont nécessairement des oeuvres de qualités mais ça c’est tout de même un autre problème. Toute cette colère donne à réfléchir et j’ai fini par me faire mon point de vue, bien entendu, j’ai lu pas mal d’articles de psychologue, de sociologues etc pour me faire mon avis sur la question et cela ne m’a guère aidé à aimer un peu plus les êtres humains, disons que j’éprouve beaucoup de pitié pour ceux qui ne voient pas la manipulation derrière toute cette colère.

Je considère donc que j’ai passé 10 heures à travailler même si c’est particulier, je crois qu’informer sur la situation des auteurs est une nécessité dans le monde actuel.

J’ai passé 2 h en administratif et communication : que ce soit avec ma banque, une médiathèque mais aussi un journaliste et mon éditrice.

En planification, j’ai travaillé 28 heures pour mettre en place les 4 tomes d’une saga.

Et j’ai enfin passé 80 heures à corriger un roman que j’ai enfin fini de corriger, il ne me restera qu’une relecture à faire quand j’aurai pu le faire imprimer.

J’aurais donc passer 120 heures sur le métier d’écrivain en Avril. C’est peu, mais j’ai vraiment eu du mal à me remettre au travail après le décès de ma chienne, c’était un vrai deuil et j’avais besoin de ce temps. Si j’avais été payé à l’heure j’aurais donc touché 980 euros.

Pour rappel en janvier j’avais passé : 147 heures 30

En février : 118 heures 30

Et en mars : 96 heures

J’ai beaucoup travaillé plus que les deux derniers mois et je compte faire mieux en mai.

Prenez soin de vous

Une réflexion sur “Et si l’écriture était payée : d’avril 2020

  1. Stephanie Berth dit :

    Courage ! Je connais bien cette situation, cois moi! Mais les jours meilleures vont arriver. Petit à petit on se focalise sur ce qui va bien, même si ce n’est pas grand chose, histoire de laisser un peu moins de place à tous ce qui est négatif. C’est un bon début. Tout va bien se passer. Oscar Wilde disait que la fin est toujours bonne, tant que ce n’est pas bon, ce n’est pas la fin, juste une transition. Je sais qu’il avait raison!

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