Pourquoi admettre -ou pas – ses erreurs ?

Encore un petit article en mode lifestyle, question de vie, car en ce moment je me concentre que peu sur l’écriture et que chercher à se connaître mieux et se questionner sur la nature humaine c’est aussi très bien quand on veut écrire ^^

Récemment j’entendais des gens se plaindre de « untel » qui ne reconnaît jamais ses erreurs, quelque soit la « bêtise », cette personne n’a jamais l’air de vouloir dire « oui, c’est moi ». Du coup, je me suis posée et j’ai réfléchi, un peu.

J’ai tout de suite pensé à ma mère, à chaque fois, qu’elle soit responsable ou « victime », elle sort le grand jeu et rétorque « c’est ma faute, c’est ma très grande faute » (oui, elle a été élevée dans la foi catholique, confiteor et le mea culpa lui sont restés). Petite, elle me disait toujours « faute avouée, faute à moitié pardonnée ». D’autres me disaient : « si tu m’avoues pas tu mens et si tu mens ton nez va s’allonger comme celui de Pinocchio ». J’ai repensé à mes cousines qui disent toujours à leur enfant d’avouer leur erreur/ faute et je me rappelle la manière insistante avec laquelle elles le font en mode « je sais que c’est toi, si tu dis le contraire c’est que tu mens ». J’ai repensé à quelqu’un que je connaissais qui peut être vu en train de faire une erreur et affirmer « ce n’est pas moi, c’est la faute de Machin/ de la machine / de la société / du Destin… ».

Je me disais qu’il y a quand même deux écoles aux erreurs / bêtises en tout genre : soit on admet que l’on a commis une faute, soit on se trouve un prétexte. Grosso modo, on est soit un coupable, soit une victime. En écoutant des parents parler à leur enfant, je me suis rendue à l’évidence : quand on fait une bêtise il faut s’excuser, réparer mais surtout avouer et prendre la responsabilité de ses actes. Sinon, on tombe dans le syndrome « je suis la victime de l’univers, tout est de la faute d’autre chose » ou ce qui paraît pire, on devient un menteur qui masque ses erreurs et qui n’a aucun remords.

Ah ça le remords c’est important. Du moins, c’est ce qu’il semble. Il faut avoir honte de sa faute: que vous ayez malencontreusement casser un verre, finit le paquet de gâteau sans le dire, oublier l’anniversaire d’un membre de votre famille ou raccrocher la voiture du gars garer à côté de vous sur un parking. Il faut avoir honte, c’est même nécessaire si on veut accéder au pardon. J’ai récemment assisté à une scène où une personne reconnaissait son erreur mais comme elle n’en éprouvait pas de remords, il m’a semblé que l’autre personne en face n’acceptait pas cet aveu. Le fameux « oui, mais ». Oui, tu avoues m’avoir oublié, mais tu n’as pas honte donc c’est comme si tu n’admettais pas tes torts et que tu n’étais pas vraiment coupable ». Car au final, derrière ces aveux, c’est bien ce qui est recherché par la partie adversaire : être responsable, c’est être coupable. Ne pas se sentir coupable serait comme ne pas vouloir accepter sa totale responsabilité.

Tout en continuant de réfléchir, je me disais que si l’on est responsable de ses propres actes, on n’a pas toujours à se sentir honteux de ce que l’on fait. Bien entendu, tout dépend de la situation, il y a quand même des degrés de gravité entre casser un verre et tuer une personne (exemple extrême bien entendu), on peut ne pas éprouver les mêmes sentiments, émotions et le même degrés d’implication et de culpabilité. Toujours est-il qu’il faut culpabilisé, reconnaître son implication ne paraît pas suffisant, il est nécessaire de prouver notre remords parfois au-delà du raisonnable, car cela fait « bien » et crédible. Je me rappelle encore d’un cousin qui après avoir avoué un petit dommage sans important avait eu des remarques parce que le ton employé était un peu trop détaché pour être repentant.

Alors j’ai repensé à moi, à ce que je ressentais et éprouvais quand je commet une faute (quelle soit grave ou non). Je me rappelle cette fois où je devais avoir 5 ou 6 ans et j’ai malencontreusement cassé une flute à champagne chez des amis. Je me souviens avoir pleuré et m’être excusée pendant un bon quart d’heure, j’étais tellement dévastée que l’on a dû m’offrir une peluche pour que je cesse de me confondre en excuse larmoyantes, rien que d’y repenser j’en ai encore les larmes aux yeux. Je croyais que c’est la seule fois de mon existence où j’ai exprimé publiquement un tel sentiment de honte, de malaise, de repentir et un vrai désir de changer les choses, car pour moi c’était la pire catastrophe au monde. La seconde fois, c’était lorsque j’avais 11 ans, nous avions une professeure d’anglais très sévère, mais juste, une fois elle nous houspillait tous parce que la moyenne de nos devoirs n’étaient pas à la hauteur des autres classe. Nous avions à l’époque beaucoup d’éléments perturbateurs dans la classe, qui refusaient de faire leurs devoirs, d’apprendre etc, au final nous n’étions pas tous « responsable » des mauvaises notes mais je l’ai vécu comme une accusation par rapport à mes propres devoirs. J’étais malade à l’idée que j’étais la seule fautive car après tout si j’avais 20/20 au lieu de 14/20 je pourrais rattraper le 0/20 de ma voisine. Je me sentais tellement mal que durant tout le temps que dura le sermon de notre enseignante, je me suis enfoncée un trombone dans la peau entre l’ongle et la chair, un peu à la manière de la Marquise de Merteuil dans les liaisons dangereuses, sauf que je ne m’efforçais à sourire, moi je voulais me punir un peu plus de ne pas travailler assez bien. Voyant mon état d’angoisse et de culpabilité, la professeure n’a rien trouvé de mieux à faire que de me porter en ensemble. Moi, j’avais honte pour nous tous, j’étais dans le vrai. Je me rappelle encore avoir foiré le devoir suivant car j’étais trop honteuse pour travailler, honteuse d’être aussi mauvaise élève et ne pas être parfaite.

Après cela, je crois que j’ai cessé d’admettre que je faisais des bêtises/erreurs/fautes car j’ai intériorisé cette responsabilité. J’ai avoué lorsque l’on me tirait les vers du nez, parfois lorsque l’on remarquait l’objet de ma bêtise, mais jamais je n’allais plus m’excuser ou admettre de moi-même avoir fait une erreur. Je cassais un verre, je n’allais plus dire à qui de droit « excuse-moi, j’ai cassé un verre ». Je ne dis pas que je cachais le fait, j’étais juste dans le « oui et bien ce qui est fait est fait voilà tout ». Lorsque j’avais de mauvaises notes, je n’admettais pas ne pas avoir assez travaillé, tout simplement parce que je le savais. Plus tard, il y a eu la honte de se faire prendre. Je séchais beaucoup au lycée, car j’étais victime de harcèlement et que j’en souffrais. J’étais différente des autres et si maintenant j’en suis heureuse, il fut un temps où cette différence me posait soucis, alors je n’allais pas en classe et je mentais. Au lieu de ça, j’allais écrire dans les cafés, j’allais boire des coups avec mes amies, je traînais en ville, je fumais des cigarettes et je refaisais le monde dans mon bar favori. Quand je recevais des lettres d’absence, je mentais « mais non c’est le prof qui est débile qui ne m’a pas coché  » (en vrai c’est arrivé souvent que j’aille en cours d’anglais et qu’elle me coche absente alors que les fois où je n’y allais pas pour elle j’étais présente, j’imaginais qu’elle ne m’a pas vu assez souvent pour me reconnaître les rares fois où j’ai trouvé que la chaleur de la salle de classe valait mieux que de fumer devant le lycée). Même le jour où ma mascarade fut découverte et que j’ai eu des heures de colles j’ai trouvé le moyen de dire que ce n’était pas ma faute, pas de ma responsabilité, que j’étais innocente. Je n’avais ni remords, ni envie de prendre mes responsabilités dans mes actes.

En l’espace de quelques années, j’étais passée de la fille qui s’automutile pour les fautes de tous et qui pleure durant des heures pour un verre cassé, à la fille qui ment culpabiliser et qui reporte les fautes sur les autres. C’est tellement plus simple de se dédouaner, de reporter ses actes sur un personnage extérieur ou une cause extérieure. Ce n’était pas moi qui sécher les cours mais la CPE qui remarquait que j’étais absente. J’ai envie de dire que c’était sa faute à elle si elle ne prenait pas en considération le harcèlement dont j’étais victime car pour le coup c’était nettement de sa faute si elle n’a pas convoqué les personnes qui me maltraitaient, c’est aussi elle qui était coupable d’avoir trahi le secret de mon hospitalisation (et l’infirmière scolaire qui a, quant à elle, n’a pas respecté le secret médicale ) en révélant à toute ma classe les raisons de mes « vacances » à l’hôpital ce qui a conduit à ce que je sois harcelée. A l’époque, j’avais dans l’idée que :

-avouer ses erreurs rendait la situation intenable.

-qu’il fallait avoir honte de faire une faute.

-j’avais pour modèle des adultes qui se dédouaner et n’admettaient pas leurs fautes.

-qu’il fallait mieux mentir que dire la vérité car la vérité fait trop mal.

-que d’être responsable d’une bêtise rendait forcément coupable.

-qu’admettre une faute n’était pas se la faire pardonner à moitié, mais avouer ses faiblesses et donner le bâton pour se faire battre.

Et puis, j’ai grandi. J’ai cessé de mentir pour cacher mes erreurs, je décidais de ne pas les avouer toujours, de les garder pour moi, parce qu’à l’intérieur de moi je les reconnais et je les prends pour ce qu’elles sont, des manières d’apprendre et de grandir. J’essaye de ne plus me sentir coupable, mais seulement responsable. Je crois que c’est plus important. Être responsable pour moi ne signifie pas qu’il y a un coupable et une victime. Si je casse un verre, je suis responsable, car j’ai été inattentif, j’ai pensé à autres choses, pas fait attention, mais je ne suis pas coupable car je n’ai pas à avoir honte de moi. J’ai commis un acte qui a eu une mauvaise résolution mais je n’ai pas de honte à éprouver car j’ai appris de mes erreurs et que j’accepte d’en tirer profit pour ne plus réitérer l’expérience. Je ne dis pas que c’est facile, parfois j’ai honte, je me sens mal, même malade car j’angoisse, je stresse, je me reproche mon inattention, mon oubli, mon geste, mes paroles, mais je ne l’exprime pas à haute voix, je le garde pour moi. Tout simplement parce que l’on apprend de ses erreurs en les commettant.

Bien sûr, cela n’est pas valable pour tout, il y a des erreurs que l’on commet qui doivent être avouées et où il faut exprimer des remords, surtout lorsque cela touche aux autres. Si l’on commet un accident de voiture, bien sûr, qu’il y aura des conséquences plus ou moins graves et que l’on sera dans le repentir, par exemple si la victime est gravement blessée. Si en revanche, on érafle une voiture sur un parking la gravité de l’acte est tout de même de moindre importance. Ce qu’il faut c’est juste accepté ses erreurs et les juger avec respect et ne pas chercher à aller soit dans la victimisation, soit dans le j’en-foutre. Vous avez commis une erreur, et bien acceptez-la comme un cadeau et une leçon de vie. Plus elle est grave plus la leçon sera pénible, douloureuse et risquera d’avoir des conséquences mais plus elle vous servira.

Certains disent que avouer ses fautes permets de se soulager, je ne suis pas entièrement d’accord. En réalité, avouer ses fautes c’est aussi – parfois – un moyen de se dédouaner et de faire porter la responsabilité sur les autres ou de chercher à obtenir quelque chose d’autrui. Vous avez renversé le vase favori de votre grand-mère et il s’est brisé ? Allez la voir pour lui dire que vous l’avez fait c’est bien, mais se confesser en attendant d’être pardonné, ce n’est pas tout à fait la même chose. J’en suis venue à me dire que d’avouer en ayant en tête « on va me pardonner, c’est bon je lui dis que c’est moi et on ne parle plus de cette histoire  » ce n’est pas très honnête, vis à vis de la leçon que l’on pourrait en tirer. Pour ma part, j’en suis arrivée à ne plus aller confesser mes torts, mais attendre que l’on me fasse la remarque et alors je réponds très sincèrement « oui, j’ai commis l’acte en question ». Si on me demande pourquoi je n’ai pas confessé mon « crime » je réponds avec autant de sincérité que je voulais prendre le temps d’enregistrer la leçon. Personne ne peut vous blâmer d’avoir envie de vous améliorer. En tout cas, je n’admets plus d’être tenue pour coupable d’erreurs d’inattention, d’oubli, de maladresse, mon cerveau me le reproche bien trop à moi-même parfois pour accepter que d’autres me tiennent pour responsable et m’accusent. Bien entendu, il y a des cas où cela ne s’applique pas mais il s’agit d’exemple qui tombent dans les extrêmes.

Cette attitude m’apporte beaucoup de libération. Mais ce n’est pas aisé, parfois je me rends encore malade d’avoir commis des maladresses, parce que je m’en veux de ne pas avoir appris la leçon la fois précédente, mais j’y travaille. Je pense que c’est ce que l’on devrait apprendre aux enfants, plutôt que de leur enseigner que se tromper c’est mal, que ne pas avouer est un mensonge et que la culpabilité doit être flagrante pour avoir du remord. Ce qui compte le plus c’est d’apprendre pas de se flageller sans savoir pourquoi et réitérer ses erreurs.

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