Pourquoi est-ce si compliqué de dire que je suis écrivain ?

Le sujet d’aujourd’hui sera très personnel, peut-être pourra-t-il aider quelques personnes à se reconnaître ou peut-être suis-je la seule ainsi, mais puisque c’est mon blog et que j’en choisis le contenu – 😉 – allons-y.

J’ai depuis aussi longtemps que je me rappelle un gros souci avec l’affirmation. Je n’ose pas affirmer ce que je pense, ce que je sais, et ce que je fais. C’est réellement un problème car j’ai peur de ne pas avoir de légitimité. Ce qui est d’autant plus vrai avec l’écriture.

Dans la vie, je suis une espèce de Mademoiselle-je-sais-tout. J’ai un vocabulaire un peu plus riche que la moyenne -même si je ne le montre pas- je connais des tas de sujets, notamment polémiques, mais j’évite d’en parler. J’ai des idées « progressistes » (comme la non maltraitance des animaux, le non usage de pesticides dans des produits d’hygiène, fabriquer ses produits à la maisons etc) et je pense être quelqu’un d’assez ouvert d’esprit, qui me base sur l’émotionnel et non sur la logique des nombres ( car c’est toujours facile de faire dire ce que l’on veut à des données quantifiables mais les êtres humains ne sont pas des données mathématiques purement logiques). Je ne suis pas quelqu’un qui parle beaucoup. En soirée, en famille, avec mes amis, je ne vais pas nécessairement « la ramener » comme on dit. Je suis plutôt la personne qui observe les autres, qui cherche en chacun un petit truc à grapiller pour mes romans. D’ailleurs, je ne parle que très peu car j’ai remarqué que mes idées ne sont pas les idées de la majorité, ce qui implique des conflits. Oui, oui conflit et pas discussions. Comme je déteste les conflits qui ne mènent nulle part, je préfère me taire, c’est plus facile. Soit je ne connais que des gens qui aiment imposer leurs idées et qui préfèrent penser comme « tout le monde », soit je dois vraiment être un cas particulier qui aime les sujets polémiques.

Tout ça pour dire quoi ?

Tout ça pour dire que je n’ose pas dire que je suis écrivain, pas à tout le monde. Oser affirmer que je suis écrivain est une prise de position vraiment tranchée, j’en ai conscience. Les rares fois où l’on m’a demandé « et sinon tu fais quoi dans la vie? » et que j’ai répondu « j’écris des romans, je suis écrivain », j’ai eu le droit à des regards sombres ou des éclats de rire gênés, suivis par des « très amusant, mais en vrai ? ». En vrai, j’ai fait des études mais je ne sais pas vraiment ce que je veux faire de ma vie. Attention, quand je suis dans un emploi, je le fais à fond, je me donne vraiment, mais ce que je suis c’est écrivain. C’est étrange mais je ne me suis jamais définis autrement. Jamais je ne me suis dis « Je suis architecte, comptable, fleuriste, vendeuse … », j’ai toujours été « écrivain ». La seule fois où j’ai voulu être autre chose, j’avais 8 ans. Je voulais être ballerine. Ce à quoi m’a prof de danse, d’un air moqueur, m’a répondu « tu veux être ballerine ? Arrête de manger. Tu es trop grosse. » J’étais un peu grosse, c’est vrai, bien trop pour être ballerine. J’ai tellement senti mon rêve s’écrouler et que ce n’était pas quelque chose à dire à une enfant de 8 ans, que je suis rentrée chez moi, j’ai pleuré dans ma chambre et je n’en ai jamais rien dit à mes parents et j’ai saboté tous mes spectacles de danse après ça.

Pour moi, être écrivain ce n’est pas un rêve inaccessible, que je fais en secret, non c’est mon métier. Bien sûr, je ne me gagne pas ma vie avec ce « métier », mais est-ce qu’il faut forcément gagner sa vie avec son métier ?

J’ai déjà eu des conservations de ce type :

-Que fais-tu dans la vie ?

-Je suis écrivain.

-Ah ? Et tu as publié combien de romans ? Tu gagnes combien par an ?

-Bah euhh euh. En faite, ça viendra.

-Ah ? Donc tu n’es pas écrivain.

Ce type de conversation me font dire deux choses :

-Que les gens sont très accès sur l’argent, qu’un métier n’est un métier qu’à la condition qu’il rapporte de l’argent, sinon c’est un passe-temps. Dans ces cas là, que dire d’un auto-entrepreneur qui n’arrive pas « encore » à se fixer un salaire tous les mois ?

-Qu’il faut forcément avoir un travail pour être utile à la société. Surtout qu’il faut que ce travail rentre dans les petites cases de ce qu’est un travail : avoir un patron, ou être patron, avoir un salaire tous les mois, cotiser, détester – parfois- son emploi. En tout cas, faire quelque chose qui est clairement affiché sur Pole Emploi comme ayant un code ROM, parce que sinon attention on devient un parasite pour la société. On peut d’ailleurs très bien être un parasite, même si l’on a un emploi, seulement si on se définit comme autrement que l’emploi que l’on occupe on est un parasite.

J’ai souvent eu envie d’interroger ces personnes au sujet de gens qui seraient : médecin, infirmier, professeur, plombier, jardinier, etc qui seraient au chômage ou qui ne gagneraient pas d’argent avec leurs métiers cesseraient-ils de se définir comme tel parce qu’ils ne gagnent pas leur vie ainsi ?

Seulement, je n’ose pas dire ce genre de choses, car cela fait de moi quelqu’un avec des idées différentes. Pour les personnes de ma famille, il convint de se lever de bonne heure le matin ( pas trop quand même car à l’époque où je me levais à 5 h c’était trop tôt et pas normal), il faut aller au travail, gagner sa vie, pester contre son boulot de temps à autre, rentrer le soir, s’affaler devant la télé, ou lire des livres mais qui ne soient pas dérangeant pour la société (c’est à dire uniquement les romans à la mode, pas de philosophie ou de développement personnel attention sinon on se met à avoir un regard critique sur la société, c’est dangereux) et il faut avoir des passe-temps sains : faire du sport, un peu de musique, et critiquer ceux qui sont différents. Je ne suis pas en train de faire la critique de ma famille, je remarque seulement que beaucoup de gens pensent ainsi c’est pourquoi, j’ai beaucoup de mal à affirmer que je suis écrivain.

J’ai la sensation que lorsque l’on veut être artiste il est difficile d’être entendu comme tel, pas parce que les gens ne voient pas l’intérêt de l’art – quoi que – mais surtout parce qu’ils ne conçoivent pas que les artistes soient des gens comme tout le monde et qu’ils peuvent gagner leur vie de leur art. Bien entendu, ce n’est pas tous les artistes, mais est-ce une raison suffisante pour ne pas essayer ? Le pire, c’est que derrière le message du « non mais écrivain c’est un passe-temps pas un métier », il y a de la bonne volonté et de la vraie inquiétude. Les gens ont peur que l’on ne gagne pas notre vie, que l’on ne puisse pas du coup : avoir une belle maison, une belle voiture, un mariage de rêve, des enfants, une vie normale – et du coup ils se moquent de savoir si on rêve de la belle maison, des enfants et du mariage- parce que c’est ce que « tout le monde » désir. Être artiste, écrivain, illustrateur, etc c’est une vocation, c’est plus qu’un travail, c’est du même ressort qu’être médecin ou professeur ou religieux. Personne n’irait dire à un enfant ou un adolescent qui veut être médecin de trouver un « vrai » métier d’abord, au cas où, on l’encouragerait même s’il n’a pas toutes les attitudes.

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2 réflexions sur “Pourquoi est-ce si compliqué de dire que je suis écrivain ?

  1. Julien Hirt dit :

    Si la plupart des gens s’imaginent le travail salarié comme le modèle standard de l’emploi, c’est parce que la plupart des gens sont des salariés. J’ai l’impression que la situation que tu décris ici, c’est, par bien des aspects, celle que vivent de nombreux auto-entrepreneurs ou directeurs de startup. Comme tu le dis, en phase de développement, ceux-ci n’ont pas de revenus mais se considèrent tout de même comme des entrepreneurs. C’est un peu la même situation que la personne qui se dirait écrivaine professionnelle mais qui n’aurait rien publié. Pas étonnant que beaucoup de gens soient déboussolés.

    Cela dit, la finalité de la démarche de l’entrepreneur, c’est bien de vivre de son activité. Quand on demande à quelqu’un ce qu’il fait dans la vie, c’est ça qu’on veut savoir: ce qu’il fait pour gagner de l’argent. Au bout d’un moment, si ma petite entreprise capote, si mon projet ne donne rien, je vais passer à autre chose ou me lancer dans un autre projet ou un autre type d’activité. De même, après quelques années, un écrivain qui ne parviendrait pas à gagner sa vie avec sa plume serait pleinement légitime à se dire écrivain, mais pas en réponse à la question « Qu’est-ce que tu fais dans la vie », qui appelle une réponse spécifique.

    C’est d’ailleurs ce que font la plupart des gens. J’ai des amis ingénieurs ou commerciaux qui sont passés par la case chômage et qui, lorsqu’on leur demandait ce qu’ils faisaient dans la vie, répondaient « je suis au chômage », quelle que fusse leur vocation par ailleurs.

    Je pense que le plus simple, au fond, c’est de ne pas se limiter à une réponse d’un seul mot, mais de profiter de l’occasion pour détailler ta situation, tes ambitions et la manière dont tu envisages l’écriture dans ton existence.

    Aimé par 1 personne

  2. Miss Avery dit :

    C’est triste de la part des gens de penser comme ça mais force est de constater que la majeure partie des personnes pensent que écriture = passe temps alors que bon quand tu viens a travailler pendant plusieurs heures sur un chapitre bah c’est plus un passe temps c’est un boulot !
    Je te rejoins complètement !

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