Victor Hugo

« Tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d’une fatalité humaine la destinée qui est divine : tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l’enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que dans certaines régions, l’asphyxie sociale sera possible ; en d’autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles. »

1er Janvier 1862, Victor Hugo, Les Misérables


© LP/Julien Duffé
160 rue d’Aubervilliers (XIXe), le 10 janvier. Le street-artist Pascal Boyart a peint cette fresque inspirée de Delacroix, qui contenait une énigme.
https://www.msn.com/fr-fr/actualite/france/paris-l’énigme-de-la-fresque-aux-gilets-jaunes-résolue/ar-BBSnpQd?ocid=spartanntp&fullscreen=true#image=1

Depuis des semaines, les gilets jaunes tentent de changer le destin de la République. Savoir si on est pour ou contre le mouvement ne m’intéresse pas. J’ai tout entendu sur le sujet, les opinions des uns, et des autres. Ce qu’il me semble en tout cas, c’est que depuis toujours il s’agit du même combat : celui du peuple contre son gouvernement. Gouvernement qu’il trouve injuste, cruel et dont il sent que le fardeau sur ses épaules. Il me semble que ce mouvement fait échos aux émeutes des siècles passés. Des émeutes qui réclamaient de meilleurs salaires, la possibilité de ne pas mourir de faim, de vivre dans des conditions décentes par rapports aux évolutions de l’époque.

J’ai ressenti le besoin de mettre en parallèle cette citation de Victor Hugo, et cette fresque street art, de Pascal Boyart car j’ai le sentiment que les combats des classes populaires et ouvrières sont toujours les mêmes. Il me paraît que ce n’est pas qu’une question de politique, ni de justice sociale, qu’il y a une volonté plus profonde d’instaurer une égalité entre les personnes depuis toujours et que ce besoin d’égalité n’a, peut-être jamais été entendu.

Quand je mets en parallèle, la citation et l’image, je me dis qu’au final, la société n’a pas évolué depuis deux siècles, que les classes les plus basses de la société se sentent toujours exploitées par des gens « d’en haut » qui ne les entendent pas et ne les comprennent pas. Cela me donne le sentiment que la population se sent gouvernée par des dirigeants qui sont « loin » de leur considérations. Le sentiment d’être incompris est terrible, car il pousse à des actes d’émeutes pour se faire entendre.

Je suis contre les violences, de tous poils, mais je les comprends. Lorsque l’on a la sensation que personne n’écoute vos doléances, il est parfois impossible de s’empêcher de taper du poing sur la table et de se voir répondre par la même violence. Bien sûr, on peut répliquer que le fait d’avoir la sensation de quelque chose ou ressentir n’est absolument pas une réponse logique, qu’il s’agit seulement de sentiment et que les sentiments ne doivent pas être pris en compte, car les sentiments ne sont pas quantifiables, logiques et en adéquation avec les statistiques, hors les statistiques sont « irréfutables » car logiques et dénuées d’émotions. Sauf, que je ne crois pas que l’on puisse dire à des gens qui ont dû mal à boucler leurs fins de mois que tous leurs sentiments sont « dans leurs têtes » et que les statistiques sont plus « réalistes » que leurs impressions de vivre dans la « misère ».

Je ne cherche ni à défendre, ni à condamner le mouvement des Gilets Jaunes. Je ne cherche pas à faire de politique – de toute manière, je n’y entends rien en politique – j’exprime seulement ce que je « ressens » et ce qui fais échos en moi, vous pouvez donc ravaler vos commentaires haineux sur le sujet. La seule cause que je défende c’est celle-ci : chacun devrez pouvoir, en France et ailleurs, vivre sans avoir le stress de savoir comment il pourra manger, payer ses factures, se soigner, se loger, se vêtir, de manière décente, sans excès (certes) mais sans non plus tomber dans le bas de gamme. Tout le monde devrait pouvoir s’acheter de la nourriture de bonne qualité, vivre dans un logement décent, aussi écologique que possible, avoir accès à des transports en commun -même en vivant en campagne profonde- ou avoir une voiture décente, avoir accès aux meilleurs soins possibles sans avoir à débourser un centime ( et ne me dites pas qu’en France on ne paie pas ses soins médicaux, car c’est faux, certains actes ne sont pas remboursés, même pour des soins nécessaires/ vitaux) et vivre dans un monde où l’on se soucie du bien-être de son voisin et des citoyens.

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3 réflexions sur “Victor Hugo

  1. Julien Hirt dit :

    Ce qui est stupéfiant à ce sujet, lorsque l’on observe ce mouvement vu de l’étranger, ce n’est pas la défiance des Français vis-à-vis de leur gouvernement, c’est exactement l’inverse. Dans le débat politique français, on attend des autorités qu’elles résolvent tous les problèmes et en cas de crise, on considère qu’elles sont la source de tous les maux. Ici, on a affaire à un mouvement qui réclame un changement de dirigeants, en espérant que d’autres dirigeants donnent aux citoyennes et aux citoyens une vie meilleure.

    Quand on habite un pays de tradition libérale et qu’on voit ça, c’est proprement incroyable. L’idée que le salut ne vient pas du gouvernement, qu’il ne s’agit au fond que d’un instrument destiné à administrer le bien commun et qui, bien souvent, est davantage un obstacle aux solutions qu’un moyen de les engendrer, est entièrement absente du débat politique français, alors qu’elle est au coeur du débat dans la plupart des autres démocraties. Je ne prends pas position ici; à chaque pays sa tradition, et loin de moi l’idée de donner des leçons à qui que ce soit. Mais je constate que quand je soulève cette objection en présence de mes amis Français, bien souvent, ils ne comprennent même pas de quoi je veux parler, tant le principe même du libéralisme est absent de la pensée politique française.

    Pour résumer: vu de l’extérieur, on se demande pourquoi les gilets jaunes bloquent les giratoires et réclament la démission du président de la République, plutôt que camper devant les sites d’Amazon ou d’autres grands groupes transnationaux, les véritables responsables de leur situation.

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    • Les conseils de Ponine dit :

      C’est vrai que les français attendent toujours du gouvernement (quel qu’il soit) qu’il trouve une réponse et que ce soit la réponse qui satisfasse tout le monde. En France, nous n’avons pas du tout cette notion du libéralisme, comme tu le dis chaque pays à ses traditions, ses avantages et ses inconvénients.

      Pour ce qui est des revendications des gilets jaunes quant au changement de gouvernement, et des dirigeants, je crois que ce qu’ils réclament essentiellement ce sont des gens qui savent ce que vivent les gens. Quand on entends un membre du gouvernement surestimer le SMIC, c’est juste stupéfiant. Stupéfiant car il s’agit quand même du minium légal obligatoire. On a le sentiment qu’au final les dirigeants sont déconnectés de la vie des citoyens et même de la politique. Je ne dis que c’est l’unique raison de se plaindre, juste que les gens ont envie qu’être dirigé par des personnes qui connaissent le coût de la vie et la valeur des salaires. Bien sûr, ce n’est qu’un exemple et qui est très axés sur ce que je pense, pas sur ce que tout le monde pense.
      Changer les dirigeants : ce n’est pas nécessairement une bonne solution pour résoudre les problèmes politiques, sociaux et économiques, mais ce n’est pas forcèment une mauvaise. C’est juste un point de vue.

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      • Julien Hirt dit :

        Tu expliques tout ça de manière très convaincante et avec beaucoup de clarté de vue. Merci, c’est rafraichissant au milieu de débats souvent stériles et tendus.

        Oui, je comprends très bien à quel point il est ahurissant qu’un élu ne connaisse pas le montant du SMIC. Cela dit, je pense qu’il est nécessaire que les citoyennes et les citoyens réalisent que de nombreux pays n’ont même pas de salaire minimum.

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