Exercez ses sens

Les cinq sens : L’ouïe, la vue, le toucher, le goût, l’odorat. C’est bien beau tout ça, mais lorsque l’on écrit, s’il y a bien une chose à laquelle on ne pense pas forcément ce sont nos sens. Quand je dis nos sens je parle des quatre autres, parce que tout le monde se sert de la vue lorsqu’il s’agit de décrire. 

Alors la vue, oui c’est très bien, mais lorsque l’on veut décrire un paysage, l’odorat c’est utile aussi. Lorsque l’on veut décrire quelques mets gouteux le goût c’est cool et l’odorat aussi. Quand on écrit une scène qui se passe à un concert c’est sympa de pouvoir utiliser l’ouïe. Quant aux vêtements vous les décrivez comment ?

On dit toujours qu’une bonne description passe par les cinq sens, pas toujours les cinq en même temps, hein 😉 Sauf à quelques exceptions près, lorsque l’on écrit on montre ou l’on décrit, mais on use et abuse de la « vue ». On décrit peu les odeurs, les goûts, le toucher, les bruits, parce que c’est un exercice difficile, alors du coup, on perd beaucoup. Moi-même lorsque j’écris mon premier jet, outre le fait que je mette énormément de dialogue, je décris avec la vue, c’est un fâcheux défaut, mais il me permet deux choses : 

-d’avancer dans mon histoire plus rapidement et de ne pas me lasser.

-de corriger en sachant ce que je vais devoir insérer et penser dans les corrections et mine de rien ça me fait gagner du temps. 

Lorsque je corrige, j’ai avec moi une grille qui me permet de savoir si j’ai utilisé assez d’éléments de tous les sens dont nous disposons (le 6eme aussi mais ça j’en parlerais un autre jour) et je coche. Mon but n’est pas de cocher mes petites cases pour le plaisir, sinon autant jouer au Morpion, mon objectif est de rendre ma description plus vivante, et encore je dis description mais pas seulement c’est tout le roman qui s’enrichit. 

Certes mais comment fait-on ? C’est bien joli d’avoir une jolie feuille avec son tableau, mais concrètement si l’on utilise de la vue c’est bien qu’il y a un « truc » qui fait que l’on ne passe pas d’abord par l’usage des autres sens. L’habitude, peut être ? Un manque de connaissance des autres sens, certainement !

Je ne vais pas vous dire que c’est mal de ne pas maîtriser l’usage des autres sens, moi-même j’ai besoin d’y penser en phase de correction, mais l’on peut faire quelques petits exercices pour s’améliorer. 

Mon cas personnel n’est pas une généralité mais il m’a longtemps manqué du vocabulaire. Les goûts, les textures, les objets, les sons sont difficiles à décrire. Même lorsque l’on touche un objet, on le voit. On s’attend à quelque chose. Si vous touchez votre lit vous vous attendez au contact du tissu. Si votre chaise a de petits « grains » vous saurez qu’elle est rugueuse avant même le contact physique. En voyant une guitare vous saurez ce que vous allez entendre, un bruit de corde. Voyez un poulet rôti et vous vous attendrez à sentir l’odeur de poulet rôti. Mine de rien la vue conditionne énormément notre environnement.

Le premier exercice que je vous propose est de dresser une liste de vocabulaire pour chacun des quatre autres sens que la vue (quoi que même pour la vue cela peut être très utile ne vous privez pas). Avant de faire quelques cherches dans un dictionnaire ou sur internet, utilisez vos propres mots. Utilisez un tableau et dans chaque case inscrivez les mots qui vous viennent à l’esprit. 

Pour ma part ma première liste était ODORAT : j’avais quelques mots en tête, odeur florale, épicé, musc, rose, fleurs, ambré, tonique, cannelle, poulet rôti, herbe coupée, etc. Je ne savais nécessairement à quoi ces termes faisaient références. Lorsque je me suis retrouvée, très rapidement à court de mots ou d’expressions, j’ai dû me rabattre sur une recherche internet. J’ai eu bien du mal à avoir une liste assez conséquente pour chaque sens, parce que l’on n’y réfléchit pas. Lorsque vous humez un plat, votre première réaction n’est pas de noter les saveurs, mais de les vivre, et c’est ce que vous devez mettre dans votre roman. 

Le second exercice que je vous propose est un exercice que l’on peut faire avec des enfants et je crois qu’il est très inspiré « Montessori » avec des exercices de privation de sens pour décupler celui que je veux faire fonctionner.

Les outils : 

La fonction vidéo de votre téléphone. 

Un bandeau pour se couvrir les yeux. Des bouchons d’oreilles. Un pince nez. 

Des morceaux de tissus, des boîtes à épices, des objets de formes, tailles et matières différentes, des musiques ou des instruments pour faire des « bruits » différents, de la nourriture ou des objets que vous pouvez mettre dans votre bouche sans risque (étouffement, intoxication, etc)

Vous ne pourrez pas faire tous les exercices en une seule fois, ce serait trop « fatiguant » mentalement et ennuyeux. 

Le but de ce petit jeu, vous l’aurez compris est de deviner ce que l’on sent, touche, goute et entend, sans l’usage de la vue. Mais pourquoi la fonction vidéo de votre téléphone ou d’une caméra ou même de votre webcam ? Pour filmer vos réaction physique, mais également pour capter ce que vous allez en dire. Vous touchez un objet, dites ce à quoi cela vous fait penser, décrivait tout haut ce que vous ressentez, éprouver, ce que cela vous fait, l’effet, la sensation et essayer de deviner, pas juste en touchant, mais en sentant, en écoutant, en tapant sur l’objet, en le goutant ( si cela est possible, n’allez pas vous empoissonner). N’oubliez pas que le toucher peut s’effectuer avec une autre partie du corps que les mains. Si vous pratiquez ce jeu en famille, vous pouvez soit définir à l’avance les objets ou ingrédients à deviner en amont, ou alors laissez les autres choisir d’eux-mêmes ce qu’ils vous feront tester – pour ceux qui pratiqueraient ce jeu avec des enfants veillez à ce qu’un adulte supervise ce teste à l’aveugle, on ne sait jamais. 

Au fur et à mesure augmenter la difficulté et tenter de reconnaître les mêmes objets, quelques jours ou semaines plus tard, mais cette fois avec un autre sens en moins, et continuer jusqu’à ce que vous puissiez décrire les objets avec qu’un seul sens, afin d’en capter toutes les nuances.

Ce qui peut être amusant c’est de comparer les mots et expressions utilisées pour décrire un même objet, une même saveur, un même son, par des personnes différentes. Pourquoi ? Parce que nous n’avons pas tous les mêmes sensations, ni les mêmes mots pour parler du même objet. 

Je ne dirais pas qu’il faut s’exercer souvent à ce type de jeux mais ils permettent de réellement s’approprier des matières, des odeurs et tout ce qui peut vous aider à mieux écrire et décrire des scènes vivantes, non plus en vous focalisant sur la vue mais sur tous vos autres sens. 

 

Belle journée à tous, 

Ponine 

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9 réflexions sur “Exercez ses sens

  1. Chloé Gaster dit :

    Je suis tout à fait d’accord. Faire appel au cinq sens rend un texte bien plus vivant. Moi aussi j’ai tendance à utiliser uniquement la vue pour décrire. Je te remercie donc pour ses exercices! Je les note soigneusement dans un coin 🙂

    Aimé par 1 personne

      • Les conseils de Ponine dit :

        J’ai également un mauvais odorat et des allergies respiratoires mais j’ai autour de moi des personnes qui sont pourvus d un bon odorat. Je me sers donc de leur « nez » de ce qu’ils me décrivent pour mes romans. Bien entendu ce n’est pas « mes mots » et « mes sensations  » seulement cela permet d’ajouter une touche d inventivité et de contourner mon souci. Après tout il n’y a pas de problème que des solutions 😊😊

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