Concevoir un monde imaginaire

Le monde normal, ah le monde normal celui dans lequel nous vivons. Ce monde qui nous paraît si naturel, si habituel et tellement peu « magique ». Ce monde qui est le notre, nous le pensons dénué de toute magie, de toute forces surnaturelles. Que l’on croit ou non aux forces occultes, aux anges, au spiritisme et à toutes les sciences occultes, on peut se mettre d’accord c’est que nous ne croisons ni géant, ni monstre à trois têtes lorsque nous sortons faire nos courses. Le monde réel est loin de ressembler aux mondes imaginaires que l’on peut croiser dans les séries, les romans ou les œuvres de fiction. J’avais déjà abordé la question du monde imaginaire dans un article, mais je voulais y revenir.

Récemment, je publiais un article sur le MOOC Science-fiction. Les auteurs de science-fiction, tout comme de la fantasy, produisent des mondes imaginaires, parfois d’une grande qualité, d’autre fois d’une moins bonne qualité (tout étant une question de point de vue).

Un monde imaginaire est une création de l’esprit, mais le monde imaginaire ne vient pas de nulle part.

Comment concevoir un monde imaginaire ?

Tout d’abord, un monde imaginaire ne se construit pas  » à la dernière minute ». C’est un processus long. Si l’on souhaite écrire sur un monde parallèle au notre, on ne peut pas le décider juste avant le point final. Cela peut aller de soi, mais ajouter des « effets magiques » simplement pour le plaisir demande du temps de réflexion et de travail. Il est probable que la conception de votre monde fictif vous hantera du début à la fin, et même après. Vous aurez probablement l’idée de votre monde juste avant la création de l’histoire et ce monde évoluera au fil du temps jusqu’à devenir aussi juste que possible.

Un monde fictif ne sera jamais parfait. Vous ne pourrez jamais penser à tous les détails, à moins d’être extrêmement méticuleux, de vous y consacrer durant des dizaines d’années et de vous focaliser sur tous les détails. Je vous rassure, il n’est pas utile de connaître chaque détails de votre monde pour commencer à écrire. Si vous inventez des créatures surnaturels, il n’est pas nécessaire de savoir exactement combien d’écailles, de plumes ou de cellules est composé chaque animal ou chaque humanoïde. Ni de combien de temps d’ensoleillement a besoin votre cactus-humain pour grandir. Vous n’avez pas non plus besoin de connaître la généalogie sur trente génération de chaque habitant de votre planète. Tout cela n’est nécessaire que si vous vous en servez. J’aime bien comparer l’invention d’un monde fictif à un voyage touristique. Ce n’est pas parce que vous ne connaissez pas le nom de chaque rue de Paris que cela vous empêche de profiter du voyage. Ce n’est pas non plus parce que vous ne connaissez pas l’historique de tous les habitants de votre immeuble que vous ne pouvez pas passer une très agréable fête des voisins.

Sur quoi faut-il se focaliser alors ?

Pour partir en vacances au pays imaginaire vous aurez besoin :

1. De savoir où il se situe

Où se déroule votre histoire ? Sur quelle planète ? Est-ce que vous allez écrire une histoire qui se déroule sur la terre ? Vous pouvez très bien écrire une dystopie ou une histoire qui se déroulement « far far away ». Où allez-vous situer l’action ? C’est primordiale. Il n’y aura pas les mêmes contraintes à baser votre roman sur terre, à notre époque, comme dans des romans comme Twilight ou Entretien avec un vampire, qu’à écrire une dystopie comme La Servante Ecarlate ou encore une histoire proche du Seigneur des Anneau ou de Star Wars. 

Chaque planète a ses contraintes, sa géologie, son atmosphère, etc. Une histoire basée sur Mars aura besoin que vous adaptiez vos recherches, car nous humains ne pouvons pas y survivre sans oxygène, par exemple. De même si vous inventez une histoire basée sur une planète qui ressemble à la Terre avec plus ou moins les mêmes climats, les mêmes saisons et les mêmes contraintes ( un peu comme dans Game of throne) vous devrez tout de même expliquer aux lecteurs les lieux, la géologie, la géographie de votre histoire. C’est pourquoi la plupart des auteurs qui inventent un monde fictif prennent le temps de brosser une carte. N’oubliez pas que votre planète, ou votre pays, continent, etc, aura besoin d’un nom ! Et qu’il est parfois intéressant de voir ce qu’il se passe à quoi. Si vous choisissez de concentrer votre histoire sur un seul pays, n’oubliez pas qu’il a des frontières et qu’il peut être intéressant de savoir ce qu’il se passe hors de ses frontières.

Il n’est pas nécessaire de connaître tous les détails de votre monde. Voyez comment les choses se passent sur Terre. Quelques recherches sur les différents climats, sur les montagnes, les océans etc, peuvent être très utiles. Vous pouvez bien entendu décider que vous ne ferez rien comme sur Terre, pourtant un monde désertique devra tout de même répondre à certaines contraintes, qu’il faut définir en amont. C’est un travail assez long et fastidieux, je le reconnais mais qui est nécessaire pour la crédibilité de votre roman.

2. Qui sont les habitants

Est-ce que vos habitants sont des humains ? Des créatures mythologiques ? Des créatures issues des folklores que nous connaissons ? Est-ce que vos habitants sont des créatures jamais vu sur terre ? A quoi ressemblent-elles ? quels sont leur noms ? Combien de types de races y a-t-il dans votre histoire ? J’emploi race au sens large : créatures animal, créatures humaines, créatures volantes, créatures mammifères, créatures de l’eau etc. Combien de sous-genre y a-t-il pour chaque catégories ? Sur Terre si vous parlez de chien vous avez toute une liste de race (caniche, bichon, cocker, labrador etc) et chaque race a des caractéristiques propres, des tailles différentes, des sous groupes etc. Une fois que vous savez quelles genres de créatures composent votre planète, vous devez les nommer. Vous pouvez très bien décrire des êtres comme les sirènes que nous connaissons dans nos légendes et choisir de leur donner d’autres noms. 

Il est peut-être utile de faire quelques croquis de vos habitants. Pourquoi ? Parce que je suis convaincue qu’une description est plus vivante si on « voit » à quoi ressemble la créature que l’on tente de décrire.

3. Le système politique

Ah ça ! Si je devais voyager dans un pays étranger la première chose que je regarderais c’est le système politique mit en place. On ne voyage pas de la même manière si on part dans un pays en guerre, que dans un pays en « paix » (ou dans lequel il n’y a pas la guerre ce qui ne signifie pas que le pays est en paix ). On ne part pas avec le même état d’esprit si l’on va dans un pays au système non répressif que dans un pays totalitaire. Sans vouloir faire de politique disons simplement qu’il faut s’adapter au système. Lorsque l’on a la chance de vivre dans un pays des droits de l’homme, on oublie que ce n’est pas le cas partout. Dans certains pays on impose certaines contraintes à des groupes de population, qu’il s’agisse de réfréner certains comportements (interdiction pour un couple non marié de dormir dans la même chambre, interdiction de s’embrasser en public, obligation de couvrir une partie de son corps, interdiction de critiquer le chef du gouvernement, interdiction de prendre certaines substances pharmaceutique, ou autorisation d’utilisation etc).

Un système politique met en place des lois. Si vous ignorez quel est le système politique de votre « monde imaginaire » vous ne pourrez pas inventer des lois. Il est réellement important de savoir qui dirige, comment il dirige, quels sont les grands interdits, pourquoi il y a ces interdits et pas d’autres. Durant votre phase de rédaction / réflexion de votre système politique, je vous encourage également à concevoir votre système religieux.

Pour construire un monde qui tient la route, vous êtes obligés de vous demander quel est le système en place et ce que cela impose pour vos personnages et quelles sont les conséquences si on ne respecte pas les obligations. Que se passe-t-il pour les minorités ? Qui est la majorité? A quoi cela ressemble du coup ? Qui prend les décisions politiques ? Qui aident à faire appliquer ces décisions, comment cela est-il perçu par le peuple ?

4. Les différences sociales

Ces questions nous amènent  à nous demander quelles sont les différences sociétales et sociales des personnages, des habitants de votre histoire. Existe-t-il des disparités ? comment cela se manifeste-t-il ? Est-ce que cela se voit ? Comment cela est-il perçu ? Est-ce que le peuple souhaite se révolter ? est-ce qu’il aime sa condition ? De manière générale, le peuple n’est jamais totalement satisfait de son sort. Il suffit de regarder autour de soi pour se rendre compte qu’il y a des tensions. Je schématise énormément mais souvent ceux qui ont un travail vont critiquer ceux qui n’en ont pas. Ceux qui sont en couple vont critiquer les célibataires. Les riches vont critiquer les pauvres qui se plaignent. Les pauvres critiquent les riches pour ce qu’ils ont. Vous pouvez vous baser sur ce qui se fait sur Terre mais forcer le trait. Par exemple, inventer un monde où il faut avoir une certaine somme d’argent  pour avoir le droit de posséder une voiture. Où il faut être en couple pour avoir le droit à un logement.

5. Les évènements historiques majeurs

Prendre le temps de brosser la chronologie générale de votre monde vous permettra de savoir où il en est sur le plan social, politique etc. Est-ce que votre monde se relève d’une guerre? Est-ce qu’il y a eu un changement dynastique récemment ? Quels sont les grands bouleversements de votre monde ? Est-ce qu’une catastrophe naturelle a eu lieu ? Là encore, il n’est pas utile de savoir tous les détails mais d’avoir une idée de la vie de votre monde.

6. Quel est le niveau technologique de votre monde comparé au notre

Est-ce qu’il est encore à la préhistoire ? Son avancée technologique correspond-t-elle à l’antiquité, au Moyen-Age, à la Renaissance, dans le futur etc. ?

Vous pourriez alors avoir besoin de faire des recherches pour savoir quelles étaient les technologies, les outils et les techniques d’utilisations des objets.

7. Quels sont les standards de votre monde ?

Est-ce qu’il faut être mariés ? Est-ce un monde matriarcale ? Comment s’adresse-t-on aux autres ? Quelles sont les conventions sociales de votre univers ? De combien de jours est composée une semaine ? un mois ? Un an ? Sans qu’il ne s’agisse d’une rubrique fourre-tout, c’est dans cette catégorie que vous définirez toutes les petites choses qui affectent la vie quotidienne. Y-a-t-il des grands magasins ? Des petites épiceries ? Fait-on ses courses que le matin ? Qu’est-ce qui est bien vu dans votre monde ? Combien d’enfants doit-on avoir ? Quelle est la famille idéale ?

8. L’art

C’est un sujet que l’on oublie souvent, mais l’art est très important. L’art peut soit servir le pouvoir politique / religieux, soit être contestataire, mais il représente toujours la société ou la société idéale. Quelle architecture pour les bâtiments ? Qui sont les grands artistes ? Pensez également au street’art ou aux graffitis. Depuis toujours les graffitis servent de revendication, de publicité ou de dénonciation. Les très célèbres insultes des forces de l’ordre que l’on trouve sur les murs sont représentatifs d’une catégorie social qui rejette les détenteurs de l’autorité, mais cela va plus loin, c’est tout un code, une norme et une société qui est ainsi mise à mal.  L’art c’est également le message que veut faire passer les détenteurs du pouvoir. durant le moyen-âge les églises étaient richement décorées parce que le peuple ne savait pas lire, il fallait donc illustrer les propos de l’église et la bible pour que tous comprennent ce dont on leur parler.

L’art passe non seulement dans les œuvres d’arts, mais aussi par les bâtiments publiques, les maisons, les lieux de cultes, les infrastructures, les ponts, les statues, les monuments, mais aussi par l’artisanat. Même des pots en terre cuite peuvent avoir des formes particulières, des décorations, nécessité des techniques particulières d’élaboration.

9. La magie

Est-ce que la magie existe dans votre monde ? Quelles formes peut-elle prendre ? Qui détient la magie ? Comment se manifeste la magie ? Comment l’apprend-t-on ? Comment est-elle vu/ perçu par les habitants ? De quoi sont capables les êtres magiques ?

Ce n’est là qu’un petit aperçu des questions que l’on se poser lorsque l’on conçoit un monde fictif, mais je suis persuadée que vous en avez bien d’autres en réserve, faites-nous partager votre avis sur la question. Si vous avez d’autres idées, d’autres points que l’on doit aborder lorsque l’on créer un monde imaginaire n’hésitez pas à commenter.

Bonne journée à tous,

Ponine

 

Publicités

6 réflexions sur “Concevoir un monde imaginaire

  1. Hiéra dit :

    Cet article tombe à point ! Je commence à réfléchir à mon prochain roman qui, contrairement au premier (un policier), devrait être quelque part entre le steampunk et la fantasy. Je commence donc tout juste à cogiter pour la première fois sur un monde imaginaire….
    Pour les anglophones, cette ressource :
    http://www.web-writer.net/fantasy/days/
    est un guide ultra détaillé pour concevoir un monde en 30 jours. Je ne pense pas que je l’utiliserai personnellement, ça a l’air presque trop détaillé justement… Par contre, c’est passionnant à lire

    Aimé par 1 personne

    • Les conseils de Ponine dit :

      Je te remercie beaucoup pour ce partage. Je vais aller jeter un œil à cet article cela me paraît intéressant, même si j’ai dû mal à croire que l’on puisse créer un monde en 30 jours. Pour ma part, cela serait bien trop difficile. J’ai besoin de temps pour réfléchir.
      Je te souhaite bonne chance pour ton nouveau projet. ^^

      J'aime

  2. Celia May dit :

    C’est vrai que la conception du monde peut prendre beaucoup de temps, mais perso c’est ma partie préférée. J’aime beaucoup ton analogie avec le voyage touristique, c’est vrai qu’on a souvent l’impression qu’on doit connaître tous les détails avant de commencer à écrire alors que ce n’est pas toujours important…

    Aimé par 1 personne

    • Les conseils de Ponine dit :

      Je crois que c’est plus facile de concevoir un monde imaginaire lorsqu’on le dessine (même mal – mais j’ai pu constater que ce n’est pas ton cas 😉😉). On n’est clairement pas obligé de tout connaître avant de commencer la rédaction. Cela peut être un plaisir de découvrir son monde en écrivant. Après le soucis à trop concevoir c’est que l’on finit par ne jamais écrire.

      Aimé par 1 personne

      • Celia May dit :

        Je suis d’accord, ça devient tout de suite plus concret (merci, c’est gentil). Je pense que c’est juste impossible de penser à tous les détails avant de commencer à écrire, à moins d’y consacrer toute sa vie comme Tolkien (mais même lui je crois qu’il n’avait complètement fini…)

        Aimé par 1 personne

        • Les conseils de Ponine dit :

          C’est vrai qu’il n’avait pas totalement achevé son monde imaginaire. D’ailleurs, je crois que c’est impossible de finir un monde dans chaque détails. J’avais lu – il y a fort longtemps – sur un forum le message d’un auteur qui disait avoir passé dix ans à détailler son monde dans les moindres détails. Seulement en dix ans, il n’avait rien écrit. Rien du tout. Il était tellement déçu que cela lui prenne aussi longtemps qu’il avait choisi d’arrêter d’écrire parce que c’était trop de travail. Je crois que c’est là le piège d’inventer un monde et de vouloir tout en connaître. On finit par se perdre et se décourager, ce qui est dommage.

          Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s