Des dialogues et des mots

Dans un roman, les dialogues sont importants. Ils sont l’un des trois piliers du texte avec la description et l’action. Sans de bons dialogues vivants et utiles, il n’y a pas de roman.

Le dialogue ou plus exactement les dialogues sont les moments où vos personnages entrent en communication orale. Ils parlent, entre eux, mais pas seulement. Pour qu’un dialogue soit vivant, vos personnages doivent également utiliser la communication non-verbale : les mouvements. Durant les dialogues, les personnages peuvent bouger, se balancer d’un pied sur l’autre, tapoter la table devant eux, remuer, grimacer, se gratter, tirer sur leur vêtement, regarder ailleurs, etc etc.

Pourquoi ? Pourquoi si les dialogues sont des conversations vos personnages doivent « gesticuler » ? Parce que le langage du corps en dis parfois plus long que le langue verbale. Dans la vraie vie lorsque vous discuter avec quelqu’un sa manière d’être et d’agir, le ton de sa voix en dit plus long que ses mots.

Vous voulez un exemple : discuter par sms ou par messagerie électronique avec quelqu’un. Il y a fort à parier qu’une blague mal comprise, une idée mal exprimée soit la cause d’une dispute. Pourquoi ? Parce que lire des mots sur un écran ce n’est pas entendre les mots. Lorsque l’on lit, on a que des mots à lire, pas le visage de la personne qui prononce les paroles, on ne voit pas ses yeux (les yeux expriment beaucoup), on n’entend pas les trémolos de sa voix, le ton, l’intonation. Bref, rien de mieux pour briser une relation que les sms ou les mails.

Pour les dialogues, c’est la même chose. Je ne sais pas pour vous, mais lorsque j‘écris, jentends la voix de mes personnages (je passe pour une folle mais j’assume). J’entends leurs voix, je vois leurs gestes. Je les connais tellement que je sais tout d’eux. Je sais que quand tel personnage se mord la lèvre, il est angoissé à l’idée de faire souffrir sa femme, que quand tel autre sourit lorsqu’il parle avec tel personnage, il le fait pour masquer son malaise et ses ressentiments. Bref, je pourrais dresser toute une liste. Oui, parce que moi, je connais mes personnages. Mais si je publiais un dialogue, sans indications scéniques il y a fort à parier que vous ne comprendriez pas le ton, que vous ne verrez pas le malaise, l’agacement ou la joie de mes personnages.

En conclusion : mettez des mouvements ! On ne le dira jamais assez montrez plutôt que décrire. Au lieu de décrire les sentiments de votre personnage, faites voir au lecteur comment il agit.

Untel est mal à l’aise et à envie de partir, de fuir l’échange et bien faites le avancer vers la porte, faite le transpirer, faites le essuyer ses mains moites sur son pantalon. Parce que dans la vraie vie, il n’y a pas d’indications scéniques en mode « Marc est mal à l’aise à l’idée de discuter avec moi. Marc veut partir. Marc hésite à se diriger vers la porte. Marc a les mains moites. Il a peur de ce que vous allez lui dire. Il voudrait s’enfuir. » Non, dans la vraie vie, si Marc n’a pas envie de discuter avec vous, il va vous dire « je suis pressé » et se diriger vigoureusement vers la porte, et si vous arrivez à le coincer pour parler de ce que vous voulez lui parler, il va s’essuyer les mains sur son pantalon et vous saurez par ses yeux, sa voix, ses gestes qu’il a envie de prendre ses jambes à son cou.

Faites vrai ! Imaginez vos personnages, entendez leurs timbres de voix, sentez leurs émotions, vivez les. (Pas trop non plus, vous finiriez par souffrir de troubles de la personnalité multiples – là, c’est une blague, un jeu de mots, si j’étais devant vous vous me verriez sourire et éclater de rire, mais là face à votre écran certain vont certainement se demander si je suis sérieuse ou non. Quoi comme quand on n’a pas le son, ni l’image, tout est différent).

A présent que l’on a débroussaillé la question voyons à quoi sert un dialogue :

À véhiculer des émotions.

À véhiculer des informations capitales.

À ne pas lasser le lecteur par de trop longues descriptions. Parce que oui, disons le, mais tout pourrait être décrit sans que vos personnages ne soient obligés de parler. Cela s’appelle le style journalistique. Le journaliste décrit ce qu’il s’est passé, mais il n’a pas besoin de raconter. Donc retour à l’idée première, un dialogue sert à véhiculer des émotions.

Le dialogue met en avant les liens entre les personnages. À la manière dont ils vont se parler le lecteur en saura beaucoup sur leur relation, sans même que vous n’ayez à décrire les choses.

Avant d’écrire un dialogue, ou en corrigeant, vous devriez toujours vous demander ce qui sera dit et ce qui sera tut et comment les choses se feront.

Que va dire untel ? Pourquoi il le dit ? Comment de quelle manière, il le dit ? Qu’est-ce qu’il ne dit pas ? Pourquoi il ne le dit pas ? Est-ce qu’il le dira un jour ? Et son attitude physique ? Que dit son physique ? Que fait-il de ses mains ? De son corps ? Bouge-t-il ? Est-il figé ? Qu’est-ce que son corps trahi de ses intentions ? Qu’est-ce que l’autre personnage ou les autres vous penser ? Comprendre ?

Et le lecteur ? Qu’est-ce que le lecteur aura retenu des émotions du dialogue ? Qu’est-ce que je veux faire passer au lecteur ?

On a également dit qu’un dialogue devait véhiculer des informations mais surtout :

Un dialogue doit être utile !

Je vais faire ma « méchante », mais j‘ai déjà lu des dialogues  dans le genre :

« Hugo rencontre Sally dans un restaurant. Hugo s’arrête pour parler avec Sally.

Bonjour Sally. Dit Hugo.

Bonjour Hugo. Répondit Sally.

Comment vas-tu ? Demande Hugo.

Je vais bien Hugo. Et toi, Hugo comment vas-tu ? Interroge Sally.

Je vais bien, merci. Que fais-tu ici, Sally ?

Je suis venue dîner avec ma mère, mon père, et ma sœur. Et toi, Hugo ? Que viens-tu faire dans ce restaurant ?

Je viens dîner avec Cynthia …« 

                                                                                    BLABLABLA !

Réellement, vous trouvez ça intéressant ?

Non, parce que votre dialogue doit être intéressant. Que Sally soit au restaurant avec ses parents, soit, mais Hugo les voit ses parents non ? Il n’a pas des yeux le Hugo ? Bref, a moins que vos personnages soient des ennemis jurés, qu’ils ne se soient pas vus depuis des années, il est inutile de commencer votre dialogue par Bonjour, comment ça va ? La famille ? Les cousins, les cousines ? ETC ETC. On peut écrire un « Hugo salua Sally et lui demanda ce qu’elle faisait ici, elle lui dit qu’elle blabla. » Et hop, on entre ensuite dans le vif du sujet. Pourquoi Hugo est-il allé parler à Sally alors que sa copine est ici ?

Pour ceux qui s’interrogent, je n’ai volé ce passage à personne, ce n’est absolument pas du plagiat, et ce n’est pas pour me moquer. Il ne s’agit pas non plus d’un seul texte, mais d’une sorte de compilation de plusieurs textes que j’ai lu sur internet au cours de ses 8 dernières années. Donc j‘ignore pourquoi Hugo irait parler à Sally, c’est seulement un exemple, mais on pourrait imaginer qu’Hugo est amoureux de Sally et qu’il cherche à la séduire ou que Sally est une amie de la femme d’Hugo et que Cynthia est sa maîtresse. Bref, tout ce que l’on veut.

Parlez pour ne rien dire ne fait que desservir le roman. Parfois, cependant, vous pouvez donner l’impression que vos personnages parlent pour ne rien dire, mais glisser des informations pour plus tard. Sinon, coupez !

Par contre, on n’oublie pas, le dialogue, c’est entre les personnages, pas entre l’auteur et le lecteur. Donc peut être que vous aurez déjà donné la réponse ou l’information avant dans le roman, mais l’autre personnage n’est pas au courant.

Exemple concret : un meurtre a eut lieu. Des personnages ne sont pas encore informés. Par contre, le lecteur lui a vu tout le crime, et peut être connaît même l’identité du coupable. On peut imaginer qu’un policier viendra informer la famille de la victime qu’il y a eu un crime. Peut-être la victime a-t-elle plusieurs enfants qu’il faudra prévenir. Ce qui est intéressant ce n’est pas l’information puisque le lecteur la connaît déjà, mais les réactions des autres personnages face à l’annonce.

Le dialogue n’est pas là pour tout expliquer.

Maintenant comment doit-il être écrit ?

Il doit être fluide. Pour cela rien de plus simple. Lisez-le à haute voix, en y mettant le ton. Pas le ton que vous pensez avoir mis, mais celui que vous avez réellement écris ! Pas de triche. Sinon donnez-le lire par quelqu’un. Si deux personnages se disputent cela se voit dans le ton, dans les paroles, dans les actes, dans les gestes. Si vous voulez une dispute et que vous n’avez pas d’indicateurs de la dispute corrigez. Si vous avez du mal à lire à haute voix, corrigez. Lorsque l’on parle à haute voix, on peut bégayer, buter sur les mots, cela peut être utile dans votre dialogue, mais pas tout le temps. On n’oublie pas : on ne s’adresse pas de la même manière à sa mère, qu’à sa copine, qu’à sa patronne même dans une œuvre de fiction. On dit rarement « Yo man ! » Quand on croise son patron, ni « bonjour monsieur le directeur  » à son meilleur ami. Sauf si…mais il faut des justifications.

Un dialogue doit être facile à comprendre. Si vous devez relire 4 fois un dialogue avant de le comprendre, c’est qu’il y a peut-être un souci.

Les phrases courtes sont toujours les meilleures.

Veillez également à donner un rythme différent à vos dialogues.

Commencer, le plus tard possible dans « l’action » et terminer le plus tôt possible. Pas de « au revoir, tu diras bonjour à ta mère, tu embrasseras ta soeur, tu salueras ton père…« .

Les dialogues portent votre roman. Ils le rendent vivant. Ils coupent les moments de descriptions et d’actions. Je vois vraiment les dialogues comme un plaisir.

Je suis toujours très emballée lorsque je lis de bons dialogues, parce que je me sens dans l’histoire. Lorsque je lis Harry Potter, notamment la coupe de feu, lorsque les jumeaux Weasley, Harry et Hermione sont à la volière, il y a un échange vraiment très amusant. En lisant ce dialogue, jai l’impression d’être avec les personnages, à côté d’eux, et c’est étonnant ce sentiment. C’est pourquoi je pense qu’il faut prêter une grande attention aux paroles. C’est le lien entre le personnage et le lecteur. La partie vivante du roman.

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